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Depuis quelques décennies déjà, je me demande si un jour quelqu'un de la promo va se décider à écrire une des plus glorieuses pages de son histoire, à savoir : La Croisière de la Promo Dartois (en 1953). Et pourtant, nous ne manquons pas de plumitifs ...! Mais comme personne ne s'est manifesté, du moins à ma connaissance, je me jette à l'eau !

Quelques précautions préliminaires s'imposent. Tout d'abord, le temps enjolive l'histoire, c'est bien connu. Donc, qu'on ne m'en veuille pas de prendre les choses de façon décontractée. Ensuite, le temps altère aussi la mémoire ! Hélas ! Alors, les erreurs ou omissions, les quelques libertés prises involontairement avec la réalité devront m'être pardonnées et surtout rectifiées par ceux qui détiennent la vérité, la vraie. Merci d'avance.

L'histoire commence en avril ou mai où l'on nous annonce que nous allons faire "la" croisière dite de fin d'études en Italie et en Grèce. Explosion de joie chez ces Poussins qui sortent à peine du couvoir. Et en avion, en plus! Pensez donc, nos anciens de la 51 n'avaient eu droit qu'au triptyque Rabat-Alger-Tunis ou à peu près. Ils en seraient morts de jalousie s'ils avaient encore été pensionnaires du BDE. Ou alors ils nous auraient relancé quelques séances de bizutage... Ne parlons pas de ceux de la 50 qu'on a dû emmener boire une orangeade à la fontaine moussue !

 
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Mais l'épopée, The Épopée, c'était pour les tout premiers jours de juillet. En voiture, ou plutôt en bus, pour Istres point de départ de notre croisière en direction de Pise, première étape. Il faut savoir qu'à l'époque, les transporteurs volaient sous l'étendard du GMMTA, alias Groupement des Moyens Militaires de Transport Aérien. Les aéronefs alignés par ce grand commandement devaient être constitués de quelques Siebels, peut-être, pas mal de Ju 52 et surtout le superbe et fameux DC3 Dakota qui, sous l'uniforme répondait au nom de C47 (le Noratlas n'entrera en service que quelque deux ans plus tard). De tous, c'était le seul avion qui puisse décemment acheminer les brillants élèves de l'École de l'Air tout beaux et tout de blanc vêtus pour une tournée touristico - militaro - diplomatique chez nos voisins et amis méditerranéens. Malheureusement, la guerre d'Indochine n'étant pas terminée, le gros de la flotte de C47 écumait les rizières à plus de dix mille kilomètres de là et on ne pouvait aligner assez d'appareils pour embarquer les 120 ou 130 Poussins sélectionnés pour cette aventure. CQFD. Il était bien entendu hors de question de faire le voyage en Ju (à 150 à l'heure train sorti, on aurait mis tout l'été !). Qu'à cela ne tienne, "si le cadavre est trop lourd, on fera deux voyages" selon la formule consacrée et voilà nos C47 plein pot, la queue par dessus les plans, en norias Istres-Pise-Istres-Pise ... En fin de journée tout le troupeau est débarqué en terre toscane. Sans encombre. Ouf!

 


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Visite de la tour de Pise qui penchait déjà et depuis toujours et que nous avons pu gravir jusqu'au sommet ou presque, privilège qu'aujourd'hui on peut considérer comme rare.
Escapade à Florence avec force musées, églises et dégustations nocturnes de glaces ou de Chianti sur les bords de l'Arno. Le rêve!

 
 


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Prochaine destination : Rome où nous avions rendez-vous avec l'histoire et où se situera un des points forts de la Croisière (voir plus loin). Même ordre (de vol) même motif : on se remet aux norias mais sur une distance moins essoufflante pour nos bons vieux Dak : Pise-Rome-Pise-Rome.

Dans la ville éternelle, il règne une chaleur torride mais on apprécie néanmoins les visites organisées. Par contre c'est en plein milieu d'une après-midi particulièrement ensoleillée (!) qu'on nous concocte une grandiose prise d'armes sur une place où des légions (romaines bien sur) d'infrarouges se mesurent à d'autres légions d'ultraviolets celles-là. Canicule était vraiment un bien petit mot pour décrire ce phénomène météorologique déshydratant. Bref, la cérémonie se passe tant bien que mal car on vivait d'espoir.

L'espoir, après l'effort "défilatoire" d'un bon coup à boire à l'ambassade de France où nous étions invités ès-qualité. C'était compter sans les tracasseries des organisateurs. Nous nous sommes présentés trop tôt à la Villa Farnèse et nous avons déjà dû attendre plus d'une heure dans la rue devant une porte fermée comme une huître de Marennes à la mauvaise saison! Les Poussins, la pépie et le soleil toujours là aidant, mûrissaient dangereusement et le loufiat (lire huissier) qui de l'autre côté de la porte a enfin mis la clé dans le serrure n'a pas dû avoir le temps de faire le demi-tour réglementaire, submergé, piétiné qu'il fut par une tornade blanche de Poussins endimanchés et assoiffés. Les lieux étaient magnifiques mais les yeux n'étaient pas en état d'apprécier.

Seuls les langues desséchées et les estomacs vides pouvaient avoir la parole. Et cette fournaise (vous avez dit Farnèse ?) se révélait d'une extrême exiguïté au point qu'on devait compter au moins quatre ou cinq Poussins au mètre carré.C'est déjà juste dans un élevage normal du Gers ou des Landes, mais à Rome ... Toujours fut-il que les boissons ont encore tardé à se frayer un chemin vers les salons. Les serveurs essayaient de se faufiler avec leurs plateaux posés au bout de leurs bras tendus verticalement (les bras, pas les plateaux) au dessus de la foule. Du délire! Des soucoupes volantes au dessus de la marée blanche! Les pauvres n'arrivaient pas à franchir plus de deux mètres que des mains aussi avides qu'anonymes avaient subtilisé verres et petits fours bien avant qu'ils n'arrivent à leur destination! On ne sait plus comment cette aventure s'est terminée mais ce fut un moment fort! Il y en aura d'autres.


dessin Joël Lesné

 


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Après Rome, et toujours abonnés au système des norias, nous nous sommes retrouvés à Naples. Autre site mythique et grandiose dominé par son Vésuve éternel. Visite intéressante à Pompéï où l'on voit que les Pompéïens ne perdaient pas le nord pour se rendre à la maison fermée (ou close, au choix) guidés qu'ils étaient par des sculptures gravées dans les trottoirs et représentant une partie anatomique masculine et allégorique (pas trop d'ailleurs!) qu'on pourrait aujourd'hui peut-être réintroduire dans le code de la route, mais cela est une autre histoire.


Au chapitre des réceptions il y eut celle du Consulat français de Naples où l'on ne nous a pas compté les mètres carrés et où on avait même invité pour nous de charmantes "ragazza" qui n'avaient pas plus froid aux yeux que leurs ancêtres. J'en ai personnellement vu une qui devant moi a transvasé tranquillement vers son sac à main le contenu entier d'un superbe coffret de cigarettes américaines mis généreusement à la disposition des invités par notre hôte! Curieuse interprétation de la "mise à disposition".

 


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Le cinquième (acte), bien connu, devait se jouer à Athènes. Je dis "devait" car c'est là que les Athéniens ...ne s'atteignirent pas ... Les bons C47 entamèrent un


Ce n'est pas l'Acropole, c'est le Vésuve!

mouvement de grève larvée qui fit que certains Poussins restèrent à Naples (mais n'y sont pas morts) ou finirent leur croisière à Brindisi sans avoir pu sauter le pas et rallier la capitale grecque.


Ce n'est pas Athènes,
c'est Brindisi!

D'autres furent plus chanceux (!) Si on veut...(voir la suite). J'étais de ceux-là avec une vingtaine de la deuxième brigade dans un appareil qui faisait route vers Athènes. Le ciel était bleu, la mer aussi et pas verte du tout, l'air était "porteuse". Tout baignait. Jusqu'au moment où le mécano est venu me dire :"tu regardes bien l'échappement de ce moteur et tu me dis si tu vois de la fumée blanche ". Qu'est-ce que j'étais venu faire dans cette galère à l'avant et à droite du taxi. La mauvaise place quoi. Bon! J'obtempère et effectivement le bougre pouvait voir ses sinistres pressentiments vérifiés car au bout "d'un certain temps" le moteur susvisé s'est mis à cracher blanc ... "M'sieu! Ça y est!" que je lui dis. Ça n'a pas manqué, il l'ont mis en drapeau aussitôt. Diantre! Mais l'équipage nous a rassurés (Lt Martin, commandant de bord) : "nous sommes au niveau 115; on tient très bien sur un moteur, on continue" On devait avoir passé un point de non-retour. Mais les choses se sont un peu gâtées plus tard lorsque l'autre moteur, le gauche, s'est mis à donner des signes d'agacement pas très sympathiques. Le malheureux était parfois pris de hoquets d'ivrogne qui ont tout de même un peu semé la panique à bord. Le messager du poste de pilotage est venu nous dire que nous étions toujours au niveau 115 et que nous descendions très lentement, ce qui nous permettrait, le cas échéant de nous crasher sur la plage "d'une île qu'on voit bien sur la carte". Arrivés à la verticale, pas de plage dorée (on s'y croyait déjà et on se repassait du Robinson Crusoë dans nos têtes), rien que des cailloux très hauts et très pointus, l'île volcanique typique. La situation se corsait nettement. Le commandant de bord a tout de même découvert, toujours sur sa carte, un petit terrain de la côte grecque sur lequel il a aussitôt envisagé l'atterrissage train rentré. Mais il fallait atteindre cette côte sur un moteur qui n'était même pas si vaillant que ça. Décision : on va passer les valises à la mer pour gagner du poids. Le drame! Avec tous les souvenirs qu'on ramenait d'Italie, les coupe-papier en argent et toutes les cochonneries des camelots. Enfin, contre mauvaise fortune, bon coeur et le mécano, toujours lui, se met en devoir de libérer les valises alignées au centre de la cabine et attachées par le traditionnel câble longitudinal. Mais, au moment où il allait larguer la porte, il jette un coup d'oeil rapide sur le nom du propriétaire de la première valise promise au sacrifice : Lt Col de la Génardière, commandant en second l'Ecole de l'Air et présent lui aussi à bord ce jour-là! Le sang du mécano n'a fait qu'un tour; il en fit, lui, un demi et s'en alla rendre compte à son chef en cabine. La réponse revint, miraculeuse : le moteur gauche a l'air en meilleure forme, on garde les valises car on tiendra! Et on a tenu, jusqu'à ce qui s'est révélé être Araxos et un terrain de manoeuvre réaménagé par les Américains avec une bonne piste en dur (en fait c'était plutôt du mou que le goudron porté à plus de 50°) de 1.800 m Ouf! Atterrissage sans problème sur un moteur (bravo le pilote) et les Poussins retroussent leurs manches pour retourner l'avion à la main et le remonter vers un parking, non sans avoir pris l'aide d'un brave paysan et de son Bedford 4x4 récupéré aux surplus qui pour l'occasion a marché (du feu de Dieu grec) à l'essence d'avion. Le malheureux n'avait jamais vu autant d'octanes! L'histoire ne dit pas s'il s'en est remis!

Mais ce cinquième acte n'était pas encore terminé. Nous étions repartis pour une après-midi à Araxos, à cracher de la poussière, sans une goutte d'eau à boire et sous un soleil de plomb. Un C47, celui du Colonel de Maricourt, commandant l'École, qui lui, avait rallié Athènes sans encombres, nous a été dépêché en fin de soirée et c'est très nuitamment que nous nous sommes retrouvés au centre d'Athènes dans le restaurant des Frères Averof (Adelfoi Aberof), à écluser un petit vin blanc si bon et si frais qu'on n'en soupçonnait a priori pas les effets ravageurs. Chaude soirée!

La clôture de l'épopée est un final tout en douceur, avec des heures inoubliables entre


l'Acropole, le Parthénon, le cap Sounion (à l'époque désert et sauvage - j'y suis retourné depuis ... !) et autres merveilles qui nous renvoyaient avec bonheur des siècles, que dis-je, des millénaires en arrière.

Paul Narjoux

   
Montages photo extraits du Journal de Marche de la Promotion
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Et pendant ce temps là, ....

Jean-Loup TILLON se souvient de la "croisière" des EIM .....

malgré tout et en particulier le dédain de notre encadrement "mécanicien" sur l'aspect militaire et sportif de notre instruction, nous avons gagné le challenge interbrigades de la première année, ce qui nous a permis, alors que nous devions rester à Salon pendant que nos camarades PN partaient pour une croisière dont nous étions exclus a priori, de faire un voyage à Mont de Marsan et retour par Bordeaux en Ju 52, 48 heures les 20 - 22 Juillet 1953. Comble de luxe, la Base de Mont de Marsan nous a poussés en car jusqu'à Biarritz où nous nous sommes baignés.....


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