L’Armée de l’air en Algérie

Parler de René Gautier, c’est aussi rendre hommage à l’action de l’Armée de l’air en Algérie. Il paraît dès lors utile de rappeler l’importance de son rôle dans ce conflit.

Le 1° novembre 1954, sans aucun avertissement de nos services secrets, marque le début d’un soulèvement matérialisé par des attentats sur tout le territoire algérien. Certains n’ont voulu y voir que des évènements ponctuels limités au Constantinois. C’est effectivement la région au sein de laquelle l’insurrection est la plus marquée avec des bandes de maquisards dans l’Aurès ou les Némentchas ainsi que des attentats en ville. Mais les combats vont rapidement s’étendre à l’ensemble du territoire.

Les forces françaises réagissent au mieux, et surtout au plus vite. L’Armée de terre reconduit la tactique de la guerre d’Indochine, un quadrillage du territoire par des postes à partir desquels elle tente de ramener le calme dans la région. Les unités les plus opérationnelles rapatriées d’urgence d’Indochine, effectuent des opérations de plus grande envergure.

En 1954-55, l’Armée de l’air s’organise de façon à combattre sur tout le territoire tout en donnant une certaine priorité au Constantinois. L’accent est mis sur l’appui aérien aux troupes au sol : maîtrise du ciel, renseignement, appui feu, transport.

MS 500 "Criquet"

Elle rassemble au plus vite ses moyens disponibles pour cet appui aérien. Pour l’observation, la reconnaissance et le guidage de la chasse en appui-feu, elle remet en place ses MS-500 rapatriés d’Indochine, "remis à neuf" ou plutôt "repeints à neuf" au sein de quatre escadrilles.

MS 500 "Criquet"
(Clichés J.L. Gruel)

Mistral (Cliché J. Fleury)

Pour l’appui feu, elle utilise les trois escadres de chasse sur Mistral basées à Oran, Bizerte et Rabat, un escadron de P-47 à Oran et deux centres d’entraînement des réservistes sur Morane 475 à Oran et Alger.

P-47 (Cliché P. Narjoux)

Skyraider   (Cliché B. Gilotte)

Pour le transport deux groupes de N-2501 et C-47 à Alger et un groupe de liaison à Boufarik. Elle ne dispose que de quelques vieux hélicoptères. Pour appuyer les troupes au sol elle réactive la base de Telergma (terrain construit par les américains pendant la seconde guerre mondiale) en y maintenant un détachement de Mistral et de P-47, la Marine prêtant un renfort selon ses disponibilités de Corsair et de Privateer.

P-47 (Cliché J. Fleury)

Pendant ce temps, l’Armée de terre crée son aviation légère, basée à Sétif immédiatement équipée d’un matériel plus adéquat : Cessna L-19 et Piper-cub mieux adaptés au vol dans cette région et hélicoptères légers Bell et lourds H-21 "Banane".

Si les moyens sont individuellement efficaces, ils sont mal adaptés pour un travail en commun, en particulier en raison de la non-interopérabilité des moyens de transmissions. Les avions légers comme les MS-500 grâce à l’emport de postes radio de types différents assurent alors l’interface indispensable, en particulier pour le guidage des avions de chasse en appui feu au profit des troupes au sol.

Á partir de 1956, l’Armée de l’air donne une réelle priorité aux opérations en Algérie en adaptant son dispositif. Pour la reconnaissance et l’observation elle remplace les MS-500 par des Broussard ; elle met sur pied 21 escadrilles légères d’appui sur MS-733, SIPA 12 puis uniquement T-6. Six cent quinze exemplaires de cet avion école furent utilisés après avoir reçu un léger blindage, deux nacelles portant chacune deux mitrailleuses de 7,5 mm, six lance-roquettes ou lance-bombes et un poste HF pour correspondre avec les troupes au sol.

T-6       (cliché J. Derenne)

Outre ses missions de reconnaissance, de protection et d’appui feu, il sera utilisé pour le guidage des moyens lourds d’appui aérien. Les T-6 seront ensuite en partie remplacés par des T-28. Le personnel provient des escadres de chasse selon la formule du parrainage, par séjour à tour de rôle de onze mois, souvent renouvelé. Un groupe sur MD 315 à Blida complète ces moyens. Pour la maîtrise du ciel, une couverture radar est mise en place. Les Mistral sont à sa disposition et une escadrille d’appareils de chasse de nuit dotée d’avions à hélices est mise en place à Bône ; en 1960 des Vautour IIN remplacent des Mistral à Oran. Pour l’appui feu lourd, trois escadrons de chasse sur Skyraider maintiennent des détachements sur tout le territoire ; deux groupes de bombardiers B-26 sont basés l'un à Oran, l'autre à Bône (aujourd’hui Annaba). Pour le transport, trois groupes sur Nord 2501 sont mis en place et complétés par un groupe et deux escadrilles de liaison.

H-34       (cliché M. Boinot)

Dans d’autres domaines aériens l’Armée de l’air se développe, voire innove. Ses hélicoptères lourds (H-19 puis H-34) ont cru en nombre pour travailler aux côtés de l’ALAT ( Aviation Légère de l'Armée de terre ), la dépassant même en nombre (189 pour 156 au 1er avril 60). Le colonel (Air) Félix Brunet modifie certaines machines en les armant de mitrailleuses puis de canon, inventant ainsi l’hélicoptère armé d’appui-protection.

Enfin, dans les originalités que l’on doit à des personnalités, il ne faut pas oublier les DBFA (Demi-brigade de Fusiliers de l’Air) qui sont les « ancêtres » des commandos de l’Air existant aujourd’hui sur toutes nos bases aériennes et qui se distinguent toujours en opérations extérieures.

Ainsi, dès 1957 l’Armée de l’Air a parfaitement adapté son dispositif aux combats conduits par les troupes au sol. Elle donnera sa pleine mesure en 1959, sous le commandement interarmées du général d’armée aérienne Maurice Challe : appliquant le plan portant son nom, les forces françaises balayent systématiquement le territoire algérien d’ouest en est et détruisent, ou dispersent, les groupes rebelles de l’intérieur.

Pour donner un chiffre montrant l’importance de ce conflit pour l’Armée de l’air, 33 000 hommes y servent sous son uniforme en 1958.

Pour mémoire, rappelons que Pierre Clostermann, alors ingénieur chez Max Holste, se fait mobiliser et rejoint une unité de Broussard (avion Max Holste) dans le Constantinois.

Il y aurait encore beaucoup à dire mais il convient de se rappeler que l’Armée de l’air a été la première à s’organiser pour un conflit sur tout le territoire algérien, qu’elle s’y est totalement engagée, et que ses pilotes ont acquis une expérience importante qui semblait au départ dérisoire mais s'est révélée capitale : le vol en montagne qui a largement pallié les faibles performances des avions peu puissants et surchargés pour en faire des avions de guerre. Ils y ont su travailler avec une grande efficacité au profit de leurs camarades de l’Armée de terre.

L’Armée de l’air a payé un lourd tribut dans ce conflit avec 2 472 avions touchés par les tirs de fellagha, dont 97 détruits.

Sur les trois armées confondues qui ont eu 23 196 tués et 60 188 blessés, l’Armée de l’air compte 1 047 tués (dont 370 PN) et 3 276 blessés entre le 1er novembre1954 et le 19 mars 1962.

Dès 1955, le Piège perd son premier ancien en la personne de notre ami René Gautier qui montre ainsi la voie du sacrifice à ses camarades de l’École de l’air, acteurs permanents de cette guerre qui verra la mort de 63 d'entre eux.

Nous devons nous en souvenir


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