Sous-Lieutenant René Gautier

mort au Champ d'honneur le 29 octobre 1955 dans les Aurès, en Algérie.

Fils de gendarme, René Gautier est né le 10 juillet 1933 à Fréjus (Var). Seul garçon d'une famille de cinq enfants, il entre au Prytanée militaire de La Flèche à l'âge de 12 ans.

Intelligent, discret, "un coeur gros comme ça", il a tout pour réussir et se faire aimer. Ce qu'il fait. "La vieille chouette", comme ses camarades l'appelent au Prytanée, n'a alors qu'un souci : travailler pour devenir aviateur. Il passe sans difficultés le concours de l'École de l'air et intègre le Piège en septembre 1952.

Pendant deux ans, il partage à Salon les joies et les peines de la 3ème brigade. La 3ème brigade, comme la 4ème, toutes les deux brigades dites "littéraires", sont à forte proportion de gnass bahut, c'est à dire d'anciens élèves du Prytanée.

René Gautier a une grande déception : il apprend que, pour des motifs médicaux, il ne peut pas être pilote. Il va devenir navigateur. Breveté en Janvier 1955, il est affecté au Groupe de Transport 1/61 "Touraine" à Orléans. Son séjour y sera bref. Dès le mois d'août 1955, il est muté en tant qu'observateur à l'Escadrille d'avions légers n°74 stationnée à Télergma, sur les plateaux algériens, au sud-ouest de Constantine.

Equipée de Morane 500, [le "Storch" allemand construit en France sous licence], l'Escadrille n°74 alimente plusieurs détachements d'avions légers dispersés sur des terrains de campagne au plus près des troupes au sol.

René Gautier est envoyé dans l'un de ces détachements, à Biskra, au sud des Aurès. Dans cette affectation en tant qu'observateur, il se lance avec énergie et grande conscience professionnelle dans les missions opérationnelles qui lui sont prescrites.

En 3 mois, il y effectue 14 missions opérationnelles en 35 heures de vol. La dernière lui sera fatale ainsi qu'à son pilote. Il faut en effet réaliser que ces missions sur ce type d'avion, moins spectaculaires et prestigieuses peut-être que celles dévolues aux avions de chasse, étaient néanmoins d'une très grande utilité et particulièrement dangereuses. Utiles parce que la lenteur de cet appareil et son faible rayon de virage constituaient un avantage considérable pour pouvoir découvrir de près et à très faible vitesse la présence ou les traces d'un ennemi diffus et particulièrement exercé à se cacher et à se fondre dans son environnement végétal et minéral. Mais exceptionnellement dangereuses aussi par l'absence de puissance et de vitesse du Morane qui ne lui permettait que très peu de défense dans l'aérologie et les rabattants très violents des régions montagneuses algériennes. Cette caractéristique avait pour autre conséquence d’exposer dangereusement son équipage, très exposé dans sa bulle de verre et sans le moindre blindage et de le rendre excessivement vulnérable face à une quelconque mitrailleuse ou même à un simple fusil."

Le 29 octobre 1955, au début de l'après-midi, il décolle du terrain de Biskra pour une mission de reconnaissance à vue (RAV). Il s'agit de rechercher toutes traces d'activité des rebelles dans une vaste zone montagneuse contrôlée par ceux-ci. Son pilote est le Sergent Girard. Quelques heures après, pour une raison inconnue, que ce soit avarie mécanique, rabattant mal contrôlé ou tir des fellaghas, l'avion doit faire un atterrissage forcé dans le djebel. L'équipage est indemne. Sachant ce qu'il risque en restant sur place, il décide de rejoindre au plus vite un poste ami qu'il sait relativement proche.

La colonne envoyée à leur secours découvrira le lendemain matin les corps criblés de balles du S/Lt Gautier et de son pilote.

Des traces de sang dans les buissons voisins indiquent qu'ils ont lutté jusqu'au bout, blessant ou tuant plusieurs de leurs assaillants avant d'être abattus. René Gautier est alors âgé de 22 ans. Il est le premier des anciens élèves de l'École de l'air à tomber en Algérie.

 

Il est aujourd'hui inhumé au cimetière de Saint-Raphaël, dans le Var.

 


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